Les réactions:
L'Australien Cadel Evans, en lice pour le maillot jaune du Tour de France, a mis en doute les performances de Michael Rasmussen, jeudi, au lendemain de l'exclusion du Danois de la Grande Boucle par son équipe Rabobank.
Cadel Evans a détaillé le parcours de Rasmussen, un coureur qu'il connaît depuis 1996 lorsque tous deux étaient en lutte sur les circuits de VTT. "Après le début à la Sea Otter Classic en Californie, j'ai toujours été devant lui pendant trois ans. Mais, en 1999, quand il a gagné le Championnat du monde, il a laissé tout le monde derrière lui, il est parti comme il a voulu", a déclaré le coureur de la Predictor au départ de la 17e étape à Pau.
"Je n'étais pas dans cette course, je courais en moins de 23 ans, a ajouté Evans. J'ai trouvé cette progression bizarre, mais qu'est-ce qu'on peut dire ? Ensuite, il a suivi une progression erratique, non, même pas erratique puisque ce n'est même pas une progression, il a juste une ou deux bonnes journées par an ".
"L'an dernier, il met trente mecs au bord de l'élimination (en réalité un peloton de quelque 70 coureurs dans l'étape de la Toussuire, ndlr). Et puis, j'entends dire qu'il était dans des gruppetto au Giro, en train de souffrir...", s'est étonné l'Australien de l'équipe.
"Je ne connais pas toute la vérité de son cas, a conclu Evans. On ne peut pas automatiquement accuser quelqu'un parce qu'il a fait une bonne performance. Peut-être a-t-il beaucoup travaillé à l'entraînement mais, moi, je vois ce que je vois. Des tricheurs m'ont battu par le passé et je m'attends à l'être encore dans l'avenir. Mais je ne m'en inquiète pas !"
Marc Madiot, manager de l'équipe Française des Jeux, n'est pas malheureux de voir Rasmussen, Virnokourov ou Moreni quitter le Tour. Mais il rappelle aussi que le peloton n'est pas composé que de tricheurs. Pour eux, et pour le public, il estime que le Tour doit continuer.
Michael Rasmussen, celui dont vous ne vouliez pas prononcer le nom, a quitté le Tour. Cela vous inspire quoi?
Marc MADIOT: (Silence). Un tricheur de moins, sans doute.
Alberto Contador, qui récupère le maillot jaune, a eu quasiment le même niveau de performance que Rasmussen et il risque de gagner le Tour...
M.M. : (Nouveau silence). Sans doute. Si vous le dites.
C'est tout?
M.M. : Ça ne m'inspire rien, moi. Encore une fois, il y a des instances, à elles de faire leur travail. Il y a des contrôles à faire, il faut les faire. Si des gens sont contrôlés positifs, ils doivent être mis hors course et sanctionnés. Après, savoir qui remportera ce Tour de France n'a, à mon avis, que peu d'importance.
Que vous ont dit vos coureurs après toutes ces affaires?
M.M. : Ils sont motivés. Ils ont envie de faire du vélo. Ils sentent que les choses avancent, et qu'elles vont forcément bouger après ce Tour. Tout ce qui se passe en ce moment, c'est finalement du pain béni pour eux. Donc ils sont plutôt satisfaits de cette situation.
Il y a une vive querelle entre l'organisation du Tour et l'UCI. Ne pensez-vous pas qu'il faudrait revenir à un système de sélection pour le Tour, basé sur des critères sportifs, mais aussi éthiques?
M.M. : Je pense que ce sera dans un futur extrêmement proche...
Vous pensez qu'ASO doit se désolidariser de l'UCI?
M.M. : Désolidariser, je ne sais pas si c'est le mot qui convient. Mais que le Tour reprenne la main et l'entière maîtrise de ses choix, ce serait une très bonne chose.
Que s'est-il dit ce matin au briefing dans le bus de la Française des Jeux?
M.M. : Il a été dit qu'il y avait une belle course à faire, qu'on avait de l'envie. Les gars sont super motivés. Moi j'ai des gars qui sont fatigués, mais dont les yeux pétillent. Ils veulent se battre. Comme je vous l'ai dit, on sent qu'on arrive au bout du cauchemar, que les choses avancent. Les tricheurs sont de plus en plus démasqués. Nous, on est heureux d'être là, on a envie de bien faire.
Pour vous, il n'était pas possible d'arrêter ce Tour?
M.M. : (Agacé). Ah bon, vous vouliez arrêter le Tour?
Moi non, mais selon vous, il n'était pas possible...
M.M. : (Il coupe, franchement énervé). Je vais vous répondre très simplement. Quand il y a des cas de dopage aux Jeux Olympiques, est-ce que vous demander qu'on arrête les Jeux? Répondez à ma question.
Non, a priori.
M.M. : Alors pourquoi vous voulez arrêter le Tour? Il y a aussi des gens honnêtes que le Tour. Il n'y a pas que des voyous.
Même si la tête du Tour est décapitée?
M.M. : Peu importe. Il n'y a pas que des voyous. Ne serait-ce que par respect pour ceux qui font honnêtement leur travail, il faut continuer. Puis il y a autre chose dont on ne parle jamais. C'est le public qui est sur le bord de la route. Des gens qui passent la nuit dans les cols pour attendre de voir la course. Il y a eu des sifflets hier contre Rasmussen, mais ça reste très soft. On n'est pas dans le foot, on ne tape pas sur le voisin. Alors ces gens là méritent aussi le respect. Tout le monde doit respecter le public. Bien sûr, ça commence par les coureurs, qui doivent être clean.
L'équipe Cofidis aurait-elle dû quitter le Tour après le contrôle positif de Moreni?
M.M. : Ça, c'est une question qui regarde la direction de l'équipe Cofidis. A titre personnel, je n'aurais sans doute pas pris la même. Maintenant, ils sont maîtres de leur choix.